Un cas récurrent
Auteur: perrotdog (19 Oct 2004 @ 22:22) |
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- 1 - CAS PATOU
Appel téléphonique d’une dame âgée en détresse, suite à une attaque cérébrale de son mari qui randonnait beaucoup avec son Labris de 3 ans. Elle réalise qu’elle ne peut se substituer à son mari pour les activités et sorties diverses avec son chien car il ne lui obéit pas du tout. Elle se désole de voir son « petit chéri » condamné au jardin en lieu et place de promenades en campagne.
- Comprenez bien ma situation et dites moi si vous pouvez m’aider, peu importe le coût, mais assurez moi d’un diagnostic honnête et sincère !
Je la rassure quant à mon sérieux et mon honnêteté et convenons d’un rendez-vous, chez elle bien sûr.
Accueil.
De loin, chien repéré et premières indications (attaché et très excité à la vue de ma voiture pourtant à plus de 100 mètres). Aboiements et sauts, un labris tout craché! Effectivement la dame est âgée mais parait assez alerte. Son mari se déplace bien difficilement à l’aide de cannes anglaises.
Le chien est attaché car l’infirmière doit arriver…
Contact chien : sauts et mordillements, pincements et déchirure de ma veste.
-Il est gentil, pas méchant, foufou ! Me dit-elle.
Je demande la libération du chien qui saute alors autour de moi en jappant, très forte agitation.
Entrée dans la maison.
Elle m’invite à m’installer dans la petite cuisine (le salon est réquisitionné pour les soins de son mari).
A droite en entrant, divers colliers et laisses accrochés tout le long du mur, qu’il faut éviter d’heurter sous peine d’exciter encore plus le chien. Un martinet aussi, à l’aspect neuf.
Nous parlons fort pour nous entendre (aboiements incessants du chien nommé Patou). Petit panier avec coussin à côté du radiateur de la cuisine.
Très vite il apparaît que Patou est l’enfant de la maison (elle l’avoue spontanément).
« Il est tellement gentil. », revient comme un leitmotiv. Elle le défend comme un avocat défendrait son client devant le juge.
Son mari a été hospitalisé deux mois, ce qui a encore renforcé ses liens avec Patou qui dort bien sûr dans la chambre (panier).
Je suis assis et en difficulté (Patou me harcèle vocalement et physiquement par ses sauts). Il s’interrompt un instant pour aller gratter la porte du buffet. Aussitôt sa maîtresse se lève pour chercher une boîte de biscuits.
-Quand il gratte le buffet c’est qu’il veut un biscuit ! S’excuse t-elle.
Lorsqu’elle a exécuté l’ordre de Patou, l’infirmière arrive. Heureusement la maîtresse a tout prévu et Patou ne pouvant sortir de la cuisine, ni nous d’ailleurs, se contente d’aboyer furieusement en labourant la pauvre porte. On ne s’entend plus. Les « tais toi Patou », renforcent sa fureur. Enfin, l’infirmière et le malade se sont eux aussi enfermés dans une pièce, et un relatif calme s’installe…pas longtemps, Patou essaie maintenant de dominer l’intrus que je suis en mimant sur moi la copulation. J’explique la signification de ce comportement indésirable à sa maîtresse qui pensait qu’il s’agissait d’un jeu. Je l’informe que la situation est bien dégradée et qu’il y a à l’évidence un problème hiérarchique.
-Vous habitez chez votre chien.
Sachant qu’il n’est pas possible de changer radicalement le comportement des maîtres, je propose de procéder par petites touches. J’invite la maîtresse à désormais anticiper les demandes de Patou de manière à ce qu’il n’ait plus les initiatives (prérogatives des dominants). Cela aura le mérite de modifier la perception de son positionnement hiérarchique, sans trop affecter les sentiments anthropo-
morphiques de sa maîtresse. Ce changement fondamental dans leur relation, associé à une éducation à l’obéissance, me semble la thérapie indiquée.
Nous convenons d’une série de cinq leçons à raison d’une par semaine, et fixons la date de la première. Je la laisse pleine d’espérances et de craintes. Je regagne tant bien que mal la sortie, et à peine le portail s’est il refermé que Patou entreprend une spectaculaire stéréotypie qui consiste à tourner sur lui-même à très grande vitesse.
- 2 -
Première leçon.
Accueil similaire au premier RDV.
Matériel : collier métallique coulissant, éducatif et non coercitif, contrairement aux torcatus à griffes, scandaleusement vendus en grandes surfaces. Longue laisse (2m) en cuir ou tissus, avantages : légèreté donc sensation d’attachement réduite ; la longueur va en phase de promenade, accorder au chien un périmètre d’exploration relativement important ; elle va limiter les tensions qui déclenchent les tractions (phénomènes des chiens de traîneaux) ; enfin, et en cas de situation phobogène, elle permet au chien l’évitement indispensable pour qu’une peur donnée ne se fixe pas. Bien sûr ces remarques concernent les chiens non obéissants, les autres n’ayant pas ou peu recours à la laisse.
Patou en laisse, nous sortons du jardin et nous dirigeons sur le chemin en terre qui dessert une dizaine de maisons. Je demande à la maîtresse de promener Patou sans s’occuper de moi. Il la traîne vivement d’une odeur à l’autre, laisse ses messages un peu partout et aboie furieusement à un congénère lui-même furieux de voir Patou si proche de son territoire et l’arrosant qui plus est.
Je prends la laisse et commence à lui inculquer les rudiments de la marche au pied. Patou est moins fier et baille beaucoup, signe d’une fragilité émotionnelle évidente (en baillant, il libère dans son cerveau des substances apaisantes). J’explique à sa maîtresse qu’il n’a pas envie de dormir… mais que ma présence et les contraintes que je lui impose éprouvent son système nerveux. J’ai eu des cas où chaque ordre était suivi d’un bâillement.
Pour la énième fois j’entends : « il va devenir votre copain ».
Rassurée quant aux méthodes, elle s’étonne de voir Patou aussi attentif et timide quoique têtu. En 30 mn, Patou semble avoir compris ce que j’attends de lui (marcher à mes côtés sans me dépasser et sans que la laisse ne se tende). Je tempère les remarques euphoriques de sa maîtresse en lui signalant qu’il n’est pas d’un grand intérêt que Patou m’obéisse. Cela démontre uniquement que Patou « peut ».
-Maintenant, c’est à vous Madame !
Et là évidemment c’est une autre histoire. Patou n’est plus attentif, la maîtresse s’embrouille, mon travail qui est d’apprendre à apprendre, commence.
-Mr Perrot, quel est le bon mot ? M’appelle t-elle au secours.
-Il n’existe pas de mots magiques. S’y rapprochent ceux qui sont parfaitement symétriques au ton, lui-même symétrique à la gestuelle, le tout à l’instant opportun. Parlez lui comme à quelqu’un, toujours. Vous n’en serez que plus naturelle et cohérente. Ne soyez pas rigide, ne vous demandez pas : comment dois-je me comporter là ? Quand vous aurez la bonne réponse, le temps écoulé exigera une autre attitude. Soyez instinctive, ne réfléchissez pas, ou alors comme un animal, logiquement et vivement !
Inévitablement, dans la première phase de l’éducation, la phase où les maîtres apprennent à apprendre, on risque d’obtenir le contraire du but poursuivi. Les incohérences, hésitations et autres maladresses ne vont pas contribuer à modifier positivement la position hiérarchique des maîtres, ce qui est pourtant l’objectif à atteindre. Si on considère que du point de vue du chien, le chef de meute est directif et sûr de lui, l’image de son maître à l’occasion de ses balbutiements en est assez éloignée.J’observe par conséquent des cas de régressions dans les premiers temps d’une éducation, heureusement ponctuelles et limitées. Dans l’absolu, il serait idéal d’entraîner les maîtres avec de faux chiens dont on commanderait mécaniquement les comportements…
Avant de laisser Patou et sa maîtresse se reposer, j’insiste sur un aspect trop négligé et pourtant essentiel à mes yeux : la laisse et le collier ne doivent pas être synonymes de travail. Je rencontre trop souvent des chiens qui ont été ainsi conditionnés. Résultat : laisse /collier = obéissance, absence = non obéissance. Pour éviter ce phénomène, j’alterne promenades en laisse et instants de travail. L’important étant de montrer clairement au chien dans quelle phase (promenade ou marche au pied) il se trouve. Souvent les demandes sont floues et ambiguës et l’on voit des chiens hésiter et opter pour des phases intermédiaires.
Je reviendrai sur cette notion de non conditionnement car elle est la finalité même de l’éducation d’obéissance utilitaire. Il m’arrive même d’essayer le conditionnement inverse (avec des chiens dont l’éducation est avancée) : travail sans laisse entrecoupé d’instants de détente en laisse.
Etc...
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