Pour des raisons sociologiques le rôle du chien a changé. Il faut donc un nouveau type d’éducation, et les besoins d’aujourd’hui relèvent plus de l’éducation que du dressage. Les vétérinaires-comportementalistes, les éducateurs et autres psychologues ou éthologues (la surenchère de la dénomination prête à sourire) ont tout faux s’ils ne prennent pas en compte que pour la majorité des maîtres le chien est plus qu’un chien et qu’il faut raisonner et travailler différemment et intégrer qu’on ne peut rien si on n’épouse pas parfaitement les lignes du concept chien du point de vue du maître.
Depuis 1986, j’exerce à temps complet le métier d’éducateur canin, exclusivement au domicile (maison, jardin, quartier, centre ville, campagne etc.) de mes clients. Quotidiennement je suis amené à observer, écouter, conseiller et traiter toutes sortes de problèmes comportementaux aux origines extrêmement diverses.
A l’inverse des vétérinaires comportementalistes, qui écrivent beaucoup sur l’éducation canine et qui éduquent peu, qui analysent des comportements à la suite d’observations réalisées dans des cabinets aseptisés, mais aussi à l’inverse des clubs de dressage (qui font généralement du bon travail, mais qui conviennent plus à des cynophiles avertis épris de concours donc de mécanisation), je m’introduis dans le milieu ambiant, poste d’observation privilégié.
La richesse d’informations recueillies lors de l’entretien initial, puis au fur et à mesure de l’éducation, permet d’optimaliser les résultats. Inversement, l’ignorance due au non accès au milieu ambiant tend à uniformiser les méthodes et thérapies et à affecter les résultats.
Bien sûr, lors de l’entretien, est pris en compte la subjectivité des comportements des maîtres et aussi des chiens « se sentant concernés ». Mais il y a toujours les indications objectives non travesties. Celles-ci concernant la « maison/territoire » et la « famille/meute ».
Si l’animal n’a pas accès à la maison, les cas d’anthropomorphisme et d’hyper attachement sont rares et les problèmes évoqués sont plus souvent d’ordre matériel ou relatifs au voisinage (fugue, aboiements, dégradation du jardin, etc.).
Au contraire, si l’animal est intégré à la maison, l’implication affective est souvent bien plus forte et l’anthropomorphisme plus fréquent. Les problèmes rencontrés sont plus axés sur des sociopathies (mauvaises hiérarchies, agressivités intra espèce), anxiétés de séparation, hyperactivités etc. Enfin, les mêmes troubles du comportement étant plus « dérangeants », plus visibles, à la maison, ils feront davantage l’objet de plaintes qu’en extérieur.
La disposition intérieure (bibelots fragiles exposés ou non), la propreté de la maison, renseignent sur la délicatesse du chien et sur la tolérance des maîtres.
Visualiser le ou les emplacements que le chien s’est choisi, indique son degré de contrôle de l’espace.
Des dégâts de grattages au niveau des issues de sorties (portes, fenêtres) orientent un diagnostic de sociopathies ou d’anxiété de séparation s’ils sont éparpillés.
Des photos du chien ou des chiens précédents, exposées un peu partout, trahissent une implication affective forte, etc.
Le type de portail peut aussi expliquer un problème souvent à l’origine de ma venue, celui du chien qui ne garde pas du tout. Une ouverture automatique commandée de l’intérieur, émousse rapidement un instinct de garde pourtant présent au départ. Il permet aux étrangers d’accéder librement (sans les maîtres) sur le territoire.
La configuration et la nature du voisinage sont intéressantes aussi, etc.
Il est frappant également de constater les contradictions entre les membres de la famille concernant la description du comportement du chien. J’observe rarement une description homogène. Il y a presque toujours à l’intérieur du groupe les défenseurs et les accusateurs. Les tensions à l’occasion de l’entretien sont très fréquentes, et révélatrices d’incohérences riche d’enseignements pour moi.
Il y a aussi ceux qui accordent à l’entretien une attention extrême et franche et ceux qui affectent un air détaché, souvent pour masquer le malaise que ma présence dans leur intimité et mes questions embarrassantes induisent. J’ai remarqué qu’ils s’avèrent ensuite et progressivement les plus consciencieux, les plus studieux.
La prédominance des femmes dans la prise de décision de faire appel à un éducateur canin, m’incite à penser que la situation d’échec dans l’éducation du chien est souvent perçue de la part de l’homme comme une atteinte à sa virilité...
Si les meilleurs résultats sont obtenus par des maîtres vivants seuls avec leur chien (moins d’incohérences, plus de disponibilités), il m’apparaît troublant que les personnes seules ont, dans une écrasante majorité, un chien de sexe opposé ! Relations ambiguës...
Quant au chien substitut d’enfant, il constitue une part essentielle de mes revenus.
Pour parvenir à satisfaire au mieux l’ensemble des demandes, il me faut combattre les idées reçues ancrées chez les maîtres, accorder ceux-ci à la personnalité de leur chien, prendre ce qu’il y a de malléable chez eux et chez leur chien et travailler sur cette matière, leur mutuelle malléabilité, ma matière première, qui va déterminer mes méthodes d’apprentissage ou d’extinction des mauvais comportements. Et tous les éléments fournis par l’observation du milieu ambiant vont m’aider à personnaliser l’éducation du chien, à l’adapter à son environnement et à son mode de vie. Mais avant cela, il va me falloir trier, hiérarchiser, recouper ces informations sans lesquelles les tâtonnements seraient inévitables et nuiraient lourdement aux résultats.
Ne pas se tremper dans l’atmosphère du chien et malgré tout, faire les bons ajustements (c’est à dire ceux qui tiennent compte des subtiles particularités inhérentes à chaque cas, qui distinguent le possible de l’idéal), j’avoue en être incapable.
Voilà ma conception et ce qui la motive, de l’éducation canine moderne.
Perrotdog (Dominique PERROT).
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